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Vendredi soir

Mis à jour : 5 oct. 2019



StephBach-Vendredi soir-Pas si simple

Vendredi soir, soirée improvisé, étendue de conversations impliquées qui se glissent dans l’heure du tard, mélange de sujets, drôles, intimes, fous, spirituels, tabous, politiques...

Une phrase m’interpelle, elle m’évoque brutalement la condition de notre humanité, de notre société.

Un sujet : jusqu’où peuvent aller les humoristes.

Ce qui a dérivé sur cette phrase : « Pourquoi seuls les concernés ne peuvent-ils parler, rire ou rager de leurs souffrances ? »

Il n’y a rien de drôle le dedans n’est ce pas. Pas de chanson, pas de petite crise de nerfs, pas de cul la fraise. Mais voilà, Je me sens pleinement concerné dans un monde où la moindre phrase, le moindre mot, s’il n’est pas entendu par la bonne personne nous inflige immédiatement la réclusion dans une case bien définie. Dans un monde ou la liberté d’expression ne semble êtres devenu qu’une vaste blague.

Aller ! Creusons un peu. Si l’on a le droit de parler, de rire, voire de caricaturer uniquement nos propres histoires, nos propres souffrances, celles de nos peuples, de nos religions, de nos genres ou même les plus personnelles, car c’est souvent les plus répandues. Alors plus rien ne vient écorcher nos certitudes, plus rien n’ouvre le débat, pire encore on reste entre nous en étant sure de détenir la vérité, et le reste du monde devient hostile. Par ce que souvent aujourd’hui rire ou débattre des autres nous positionne presque immédiatement dans le rôle de juge, de monstre, de radicaux ou d’inculte …

Alors je me suis dit, partons de ce principe, allons plus loin, imaginons que George Orwell avait raison.


Si je regarde le miroir de mon histoire de plus près, de très près, de quoi ai-je le droit de parler, quel sujet ai-je le droit d’ébranler ? Quelles autos dérisions ai-je le droit de m’infliger ?


Je m’appelle Bach, je suis née en Lorraine, j’ai de la descendance en partie Allemande.

Ok donc je ne dérange personne si je ris ou je débats sur le peuple allemand et Lorin !

Mon grand-père paternel a été enrôlé de force par l’armée Allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, sur le front Russe.

Ok je ne dérange pas non plus si je parle de l’horreur de cette guerre ou que je me moque ouvertement, avec style ou pas des Russes et des nazis !?


Mes grandes mères et arrière-grands-mères étaient irlandaise et polonaise pour mon arrière-grand-mère maternelle.

Donc, je devrais connaître l’histoire de la Pologne, celle de l’Irlande et pouvoir m’insurger, me mettre en colère ou débattre sur le sujet dès qu’il vient sur le tapis. Mais au fait, les Irlandais, ils aiment les Polonais ?


Mes parents m’ont faite grandir dans le sud-est de la France dès mon plus jeune âge, ce qui fait de moi une Méditerranéenne d’adoption et de cœur. J’ai donc grandis, moi Stéphanie Bach, Loraine en partie Allemande (un peu Irlandaise et polonaise) au pays de l’immigration, là où le " Touche pas à mon pote " était plus que jamais présent dans les années 90.

Ok, j’ai donc aussi le droit de rire du racisme, des noirs et des Arabes, ben quoi ! J’ai grandi avec eux ! Je suis aussi issue d’une famille d’immigrées. Je peux aussi démonter les cagoles, j’ai certainement frôlé le statut à certains moments !


Je suis de moi-même après avoir passé une enfance, adolescence et jeunesse au pays de l’accent qui chante, partie vivre à Paris, ville dont je suis amoureuse, j’y suis depuis dix ans, peut ont dire que je suis désormais parisienne ?

Donc, je peux librement faire rire sur la condition parisienne, la mauvaise humeur de ceux-ci, dire que le vrai parisien n’est pas un parisien mais que le phénomène du " vivre dans Paris " rend l’individualisme telle un maladie contagieuse et mortellement dangereuse.


Et pour finir, je rencontre sur Paris, l’homme de ma vie, qui lui-même est parisien, né à Paris (espèce en voie de disparition) d’un père breton, d’une mère tunisienne et juive. Ce qui fait de lui un juif breton et de moi sa femme.

Ok, ok, ok je peux donc caricaturer, discuter, débattre sur les Juifs et leurs conditions, ben oui mon homme est juif, mais je peux aussi lyncher gentiment les Bigoudènes, les crêpes et les marinières.


En conclusion si on garde le principe que pour être politiquement correcte il est préférable de se moquer, discuter ou débattre de sa propre histoire pour ne pas prendre le risque de froisser celle des autres ou de ne pas être durement jugé.

Moi Stéphanie Bach, Lorraine, Française, Allemande, irlandaise, polonaise, méditerranéenne, parisienne, et en couple avec un juif-Breton. On en parle !!!!?

Si on apprenait à se connaître avant, histoire qu'on puisse se moquer de nous !


À Philippe.

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